Un violon sur le sable par Jérôme Pillement

Un violon sur le sable par Jérôme Pillement

Jérôme Pillement, chef d'orchestre, nous raconte son histoire et celle du "Violon sur le Sable" qui se déroule depuis 38 ans sur la plage à Royan,.

Armel Toucour

Un grand plaisir et honneur pour moi de rencontrer le Maestro, Jérôme Pillement avant les premiers concerts du violon sur le sable. Depuis 1992, Jérôme est directeur musical du festival « Un Violon sur le Sable » à Royan, où il dirige chaque été les concerts sur la plage réunissant des solistes de renommée mondiale comme Gautier Capuçon, Natalie Dessay ou Philippe Jarrousky, devant plus de 100 000 spectateurs. C’est son histoire et celle du violon sur le sable qu’il nous raconte aujourd’hui et durant cette semaine de concerts symphoniques .

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#1 Jérome Pillement, enfance et déclic

Cette interview on l’a faite ici, sur la plage de Royan face à la future scène du violon sur le sable. On est en pleine journée, en pleine saison, avec des enfants, des mouettes et les bruits de la vie. C’est de cette ambiance, très différente des soirs de concerts, dont Jérôme a eu envie pour nous raconter son histoire et celle du violon sur le sable. Et puis on est allés aux répétitions, on a eu accès aux coulisses et on a rencontré beaucoup de monde. Tous, acteurs et passionnés d’un violon sur le sable.

Dans ce premier épisode, Jérôme nous raconte la musique de son enfance, ses expériences d'adolescence et le déclic qui le mène à être chef d'orchestre.
Initié au piano dès quatre ans par sa mère, Jérôme grandit avec la musique comme évidence. Il est doué mais à l'adolescence, le piano devient une contrainte trop solitaire. Il abandonne le piano au bénéfice du foot, du ski et des filles !
C'est un groupe de hard rock amateur, bruyant et pas terrible, qui lui révèle quelque chose de simple et de fondamental : on peut faire de la musique ensemble. Cette idée ne le quittera plus. Quand une amie l'emmène à la salle Pleyel entendre Georg Solti diriger la Symphonie du Nouveau Monde, tout s'articule d'un coup — le chef d'orchestre, c'est celui qui fait de la musique avec les autres, : Il veut faire ça. Même si cette donnée n'est pas tout à fait juste et il le comprendra plus tard, Jérôme reprend le piano, le solfège, intègre le Conservatoire. Mais aux concours, un trac paralysant — littéralement, les mains inondées de sueur — menace de court-circuiter le projet avant même qu'il commence. Bernard Thomas, chef d'orchestre atypique, lui propose alors de diriger une répétition de la 40e de Mozart dès la semaine suivante. Devant l'orchestre, le trac disparaît. La voie est tracée.

On a parlé avec :
Jérôme Pillement

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Un violon sur le sable
Royan

Photo cover : © Xavier Renaudin

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#2 Du studio à la plage

Suite de l'entretien avec Jérôme, chef d'orchestre du Violon sur le sable. Quelques mots de Philippe Tranchet, Lyia Petrova, violoniste et Marco Poingt, pianiste.

Jérôme revient sur ses débuts : après avoir remporté son premier concours international vers 85-86, il monte des orchestres de jeunes à Paris, commence à enregistrer des musiques de films, puis intègre une société de production sonore pour la publicité, Vol de Nuit, où il vend et enregistre de la musique classique. Ce travail lui permet de financer ses études à New York et Vienne, et d'aller observer les grands chefs.
C'est un ami musicien qui lui parle pour la première fois du Violon sur le sable — un concert sur la plage à Royan organisé par Philippe Tranchet, créateur et organisateur du festival, qui avait demandé à Patrice Mondon d'y jouer un solo de violon. Jérôme connaît Royan depuis l'enfance, où il y passait des vacances avec sa mère. On entre ensuite dans le vif du festival : une répétition générale à La Tremblade, où Jérôme prépare son orchestre pour le concert du 19 juillet. Philippe Tranchet rappelle que c'est la 38e édition, et évoque les défis croissants — normes de sécurité, Covid, Jeux Olympiques, partenaires en difficulté. Il présente aussi le Violon dans la Ville, volet urbain du festival créé il y a treize ans, dont le premier concert s'est tenu au phare de Cordouan.
Le concert du 19 juillet s'ouvre sur la présentation par Jérôme de la violoniste Lydia Petrova et de son instrument — un Guarnerius ayant appartenu au violoniste Rovelli, rival de Paganini, resté dans des collections privées pendant près de cent ans avant d'être confié à la jeune musicienne. Après le concert, Lyia Petrova et le pianiste Marco Poingt partagent leurs impressions à chaud sur l'expérience du Violon sur le sable.

On a parlé avec :
Jérôme Pillement, Philippe Tranchet, Lyia Petrova, Marco Poingt

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Un violon sur le sable
Royan
Lyia Petrova, violoniste
Marco Poingt, pianiste

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#3 Les mots et les notes

Suite de l'entretien avec Jérôme, chef d'orchestre du Violon sur le sable. L'épisode s'ouvre sur le témoignage de Clara, neuf ans, qui raconte son expérience du concert : assise sur le sable, les yeux fermés, elle avait l'impression "d'être dans un film."

Jérôme revient sur les débuts de la programmation du Violon sur le sable. C'est Philippe Tranchet qui l'encourage à prendre la parole pour présenter les morceaux au public - une idée que Jérôme résiste d'abord, avant d'en faire une marque du festival : rendre les compositeurs accessibles en racontant leur vie comme celle de n'importe qui. Ce travail de recherche, fait dans les livres faute d'Internet, va se construire année après année. La programmation évolue elle aussi - de quelques extraits joués entre amis de l'Opéra de Paris à des soirées de 30 000 spectateurs, en associant musique classique, musique de film et variété. Les réunions de programmation réunissent depuis 40 ans Jérôme, Philippe Tranchet et Patrice Mondon, avec l'idée constante de renouveler le répertoire sans jamais se répéter.
En parallèle, on suit une répétition générale pour le concert du 22 juillet. Jérôme décrit l'état d'esprit particulier de la générale - ni plaisir ni relâchement, mais un dernier ajustement avant de lâcher. Il évoque aussi sa relation de confiance avec l'orchestre, et le stress spécifique du chef la veille du concert : connaître à l'avance les passages délicats, savoir où ça peut craquer. Deux musiciens fidèles du festival témoignent - Pascal Lagrange corniste et auteur et François Lambret, pianiste "officiel" du violon sur le sable.

On a parlé avec :
Jérôme Pillement, Clara, Pascal Lagrange, François Lambret

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Un violon sur le sable
Royan

Photo cover © Xavier Renaudin

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#4 L'ADN du violon sur le sable

Suite de l'entretien avec Jérôme, chef d'orchestre du Violon sur le sable. Jérôme explique comment il prépare ses présentations : la programmation est choisie en premier, les anecdotes viennent ensuite. Avec Internet, ce travail est devenu plus rapide, mais il requiert toujours un cadrage précis — les musicologues ont tendance à aller trop loin dans la technicité. L'idée reste la même depuis le début : raconter la vie des compositeurs comme celle de n'importe qui. Il évoque notamment une rencontre avec Gainsbourg, et une digression autour du film Emilia Perez d'Audiard et d'une chanson de Brassens.

Le ténor Pene Pati, heureux d'être là, exprime à chaud son attachement au festival et au public. Trois partenaires prennent ensuite la parole : Denis Lavaud, glacier (Les Glaces l'Angélys), partenaire depuis deux ans, qui reverse une partie de ses ventes au festival ; Fanny Marié, présidente des Huîtres HCM ; et Patrick Marengo, maire de Royan, qui souligne le caractère populaire, familial et intergénérationnel de l'événement.
Jérôme revient sur le lien avec le public et sur l'un des mystères du Violon sur le sable : le silence. Vingt mille personnes sur la plage, et dès que l'orchestre s'installe, plus un bruit. Il parle aussi de sa pudeur sur scène — il ne parle jamais de lui, seulement des musiciens et des compositeurs — et de sa gestion des trous de mémoire, avec humour. Il conclut sur l'ADN du festival : extraits plutôt qu'œuvres complètes, mélange des répertoires, découverte d'un instrument du monde chaque année, et ce fil conducteur qui consiste à ouvrir une porte entre le public et la musique.

On a parlé avec :
Jérôme Pillement, Pene Pati, Fanny Marié, Denis Lavaud, Patrick Marengo

Lien :
Un violon sur le sable
Royan
Pene Pati
Huîtres Charente maritime (HCM)
Glace l'Angélys

Photo Cover © Fotogriff

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#5 Sur le fil

Suite de l'entretien avec Jérôme, chef d'orchestre du Violon sur le sable. L'épisode s'ouvre sur la chorale Acad'Ôchœur avec une musique de Sam Tranchet puis Jérôme développe une réflexion sur le rapport au temps dans le métier de chef d'orchestre : " le jeune court, le vieux connaît le chemin".

À 65 ans, il n'apprend plus une partition en entier mais va directement aux endroits qui demandent un travail collectif. Il défend l'idée que l'expérience est irremplaçable : le jeunisme dans ce métier est selon lui une erreur - et que chaque reprise d'une partition connue peut révéler quelque chose de nouveau.
Il revient ensuite sur sa définition du chef d'orchestre : non pas celui qui bat la mesure, mais celui qui traduit une pensée en geste. Il fait le parallèle avec le metteur en scène de théâtre, qui construit une vision de l'œuvre avant de la transmettre aux interprètes. Le geste du chef est lu, ressenti, respiré par les musiciens - et quand tout s'aligne, il se produit des moments de grâce. Il insiste aussi sur la modestie que ce métier impose : le message passe par tellement d'intermédiaires avant d'atteindre le public.
Patrice Mondon, violoniste et premier musicien du Violon sur le sable, raconte les débuts du festival : un solo improvisé sur la plage, suivi l'année d'après d'un quatuor, puis d'un orchestre de chambre, avant l'arrivée de Jérôme à la direction. Il évoque aussi ses douze ans de participation, son rôle dans les arrangements pop-classique - notamment un solo de violon pour une chanson de Goldman - et la magie persistante du silence du public sur la plage. Jérôme conclut sur les risques du direct : un orchestre peut se planter à tout moment, y compris dans les passages les plus familiers, comme un soir de concert où Nathalie Dessay n'a pas pu chanté sa première note.

On a parlé avec :
Jérôme Pillement, Patrice Mondon

Lien :
Un violon sur le sable
Royan
Radio France
Chorale ACAD’ÔCHOEUR

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